
Un siècle d'histoire du logement social à Puteaux
par Jean-Pierre Brut
Remerciements
Préface
Sommaire
Remerciements
Je remercie vivement pour l’aide qu’ils m’ont apportée à la recherche d’informations m’ayant permis de réaliser cette étude :
Monsieur Alain Auphelle, Directeur de l’OPHLM de Puteaux,
Madame Colette Gonzague, Directeur adjoint de l’OPHLM de Puteaux,
Le personnel de l’Office que j’ai sollicité fréquemment,
Mademoiselle Anne Chabot, Archiviste de la Mairie de Puteaux et
Conservateur du musée
Madame Anne Dugast de la Commission du Vieux Paris.
Sans eux, je n’aurais jamais pu mener à bien cette étude qui s’est imposée à moi dès l’instant où, sur proposition de Monsieur Charles Ceccaldi-Raynaud, à cette époque, Sénateur - Maire de Puteaux, j’ai été nommé administrateur de l’Office, au titre de la Préfecture, par arrêté préfectoral du 4 mai 2001.
Il m’est apparu nécessaire de mieux connaître cette histoire du logement social et le fonctionnement des Offices Publics HLM dont celui de Puteaux. J’ai découvert un monde de passionnés, composé d’architectes, d’ingénieurs, de chefs d’entreprises, de juristes, d’élus, d’utopistes et de philanthropes, le rôle essentiel du Prince Louis Napoléon Bonaparte ; ainsi que le personnel de l’Office de Puteaux que j’ai eu à solliciter, une vraie famille, sérieuse et compétente.
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Préface
Les logements sociaux sont des espaces de vie à part entière. Un quart des putéoliens est logé dans des H.L.M. Du haut de leurs étages, ils marquent notre paysage quotidien.
La paternité de l’idée de logement social appartient à un philosophe et économiste, Charles Fourier, qui invente en 1822 l’archétype du logement collectif. Mais ce n’est qu’en 1884 que la loi Siegfried voit le jour : elle impose une aide financière aux sociétés coopératives de construction.
D’abord appelés HBM (Habitations à Bon Marché), les logements sociaux acquièrent leur appellation d’HLM (Habitation à Loyer Modéré) en 1950 ; cette loi s’accompagnant de textes qui allègent la procédure et instituent un nouveau cadre pour l’industrie du bâtiment.
Les HLM ponctuent peu à peu l’horizon de Puteaux. Mais il restait à introduire la touche du « mieux vivre » : les HLM manquaient d’âme.
Les années 1970 apportent une architecture plus recherchée, et des tons plus chaleureux à ce qui se veut être un foyer.
Le Carré vert qui englobe deux cents logements répartis en plusieurs immeubles est une des manifestations de cette volonté municipale. Les Arcades et le Vieux château représentent une nouvelle étape dans la marche vers le grand standing social.
Je ne donne ici qu’un fort bref résumé face à l’immense travail d’historien effectué par M. Brut. Quels précieux éléments nous sont transmis pour comprendre notre patrimoine sous l’angle social ! Je sais gré M. Brut de nous faire réaliser que la qualité du caractère résidentiel de Puteaux passe aussi par les HLM construits.
Alors que Puteaux entame la seconde phase de concertation du plan local d’urbanisme, il est important de sentir que « dans la ville résidentielle, la solidarité sociale n’a pas moins d’importance que la solidarité urbaine ». Faire coexister des lieux de vie est un challenge de taille que nous relèverons ensemble pour bâtir le Puteaux de demain.
Charles CECCALDI-RAYNAUD
Conseiller Général de Puteaux,
Pésident de l’Office HLM de Puteaux
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Sommaire
I Introduction
II Le temps des utopistes et d’une prise de conscience
III Les premières réalisations des philanthropes
IV Naissance de sociétés coopératives ouvrières à Puteaux
V « Habitation Bon Marché »[HBM],
Fondations, Sociétés anonymes ou coopératives,
Offices Publics
VI Situation sociale et du logement à Puteaux au lendemain
de la Première Guerre Mondiale 1914/1918
VII Premiers programmes de constructions HBM à Puteaux
VIII L’effort de Reconstruction Nationale au lendemain de la
Seconde Guerre Mondiale 1939/1945
IX Les Offices Publics HLM
X Réalisations de l’OPHLM de Puteaux
XI Conclusion
Bibliographie
Annexes :
. Plan de Puteaux de 1890
. Pavillons construits par la Société « La Maisonnette »
. Pavillons construits par la Société « La Famille »
. Lotissement de la rue des Pincevins (actuellement rue E. Vaillant)
- Cadastre 1890
- Cadastre 1920
. Extrait de « Le Juif Errant » de E. Sue
. Extrait de « En Famille » de E. Malot
. Allocution de M. Henri Sellier
. Allocution de M. Goubereau
. Allocution de M. Chantureau
. Allocution de M. Mamère
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Un siècle d'histoire du logement social à
PUTEAUX
I - Introduction
Puteaux, petite commune agricole basée sur l'exploitation de la vigne, est devenue très rapidement à la fin du XIXe et au début du XXe siècle une cité ouvrière. Elle a subi de plein fouet les effets de l'explosion démographique urbaine avant de devenir une ville dont l'urbanisme et l'architecture sont à l'avant garde des grandes cités européennes. Le logement est donc un sujet d'intérêt puisque intimement lié à l'urbanisme et, pour celui à caractère social, l'image de son passé. Mais on ne peut étudier l'histoire du logement social à Puteaux sans la replacer dans le contexte des idées et des textes législatifs dans lequel elle s'est inscrite.
Comme nous le verrons, tout commence par des fantasmes d'utopistes et des initiatives philanthropiques bourgeoises. Au XXe siècle, la concentration ouvrière et la croissance urbaine rendront indispensable l'intervention politique, législative et administrative de l'État pour mettre en place des mesures de régulation des besoins et des comportements sociaux.
La question du logement a été tout d'abord intimement liée à la problématique de la santé et de la salubrité publique face aux épidémies dont la propagation était facilitée par la promiscuité et le manque d'hygiène. L'épidémie de choléra, qui frappa Paris de février à août 1832, tua 18.402 personnes (elle en tuera en France de 1832 à 1837 plus de 100.000, 716 à Bordeaux et 1854 à Marseille). Puteaux ne fut pas épargnée. Jean Émile DENIS rapporte dans son livre « Puteaux, chroniques du temps des puits » que par délibération du Conseil Municipal du 9 mai 1833, il fut décidé l'agrandissement du cimetière par l'acquisition d'urgence d'un nouveau terrain... « devant la quantité de décès qui malheureusement ont eu lieu dans la Commune pendant l'invasion du choléra, il n'y a plus de place dans le cimetière pour les futurs enterrements ». Cette épidémie souleva une très grande émotion et une forme d'épidémiophobie sociale d'autant plus grande que la contagion ne se cantonna pas aux taudis et aux zones des bidonvilles de banlieue, mais toucha également les classes aisées des quartiers bourgeois de Paris. Le diagnostic fut vite établi : misère et maladie, mais le premier coupable : l'habitat.
C''est ainsi que va naître un vaste mouvement au XIXe siècle consacré à l'étude de ces phénomènes de contagion et d'hygiène sociale dans un souci de préservation des risques épidémiques. Il faut croire que les services de la Préfecture de police de Paris étaient déjà bien sensibilisés, puisque le Préfet de police crée le 20 août 1831 la première Commission Centrale de Salubrité. Elle dispose de grandes prérogatives et comprend des médecins, des chimistes, des pharmaciens et des commissaires de police, complétée quelques années plus tard par des ingénieurs et des architectes. Cette arrivée des ingénieurs et des architectes est le résultat du premier rapport sur la salubrité des habitations de la Seine qui date de 1832, rédigé par trois de ses membres : PETIT, TRÉBUCHET et. ROHAUT. Il incrimine le surpeuplement des habitations, l'architecture des immeubles : trop hauts et mal aérés, les latrines puantes, les puits pollués, le ruissellement des eaux usées en surface, le plomb des canalisations, les gargouilles, etc....
C'est à la suite du résultat des enquêtes de cette commission qu'un décret fut pris en 1848 par le Gouvernement obligeant la création de Commissions d'hygiène et de salubrité dans chaque chef lieu d'arrondissement et de canton. Le tournant décisif viendra le 13 août 1850 par le vote de la Loi sur l'assainissement des logements insalubres obligeant chaque commune à réparer ou à détruire tout édifice inapte à l'habitation en veillant néanmoins au respect de la propriété.
Mais l'application de la Loi fut un échec. Elle resta très peu suivie par les communes peu sensibilisées au problème, malgré les enquêtes et injonctions préfectorales. Cependant se développait déjà rapidement l'urbanisation des banlieues, mal préparées à recevoir un tel flux de population dans leurs « villages » qui conservaient encore un caractère agricole et champêtre affirmé, comme la vigne à Puteaux et à Suresnes. La population de Puteaux est passée de 1.100 habitants en 1801 à quelques 15.000 en 1884 et atteindre les 38.000 en 1920. L'urbanisation nécessitera de réaliser des voies de communications nouvelles et à élargir celles existantes à l'intérieur de l'agglomération avant de lotir des terrains encore agricoles. L'apparition du Chemin de fer en 1837, puis du tramway, facilitant l'accès à la Capitale des habitants des banlieues, sera évidemment un nouvel accélérateur de l'accroissement de sa population. On constate à la lecture des séances du Conseil Municipal de Puteaux que l'une des préoccupations importantes de la Municipalité au moment de ce changement de siècle a été de réaliser cette adaptation de la voirie à la transformation du paysage urbain.
C'est alors seulement que quelques philanthropes de la grande bourgeoisie issue du capitalisme économique du début du XIXe siècle, après les utopistes, jugeront de leur devoir de veiller à l'amélioration du sort des classes laborieuses. Le mouvement ne s'arrêtera plus, il prendra son essor avec la Loi SIEGFRIED du 30 novembre 1894 à laquelle fera référence les deux premières sociétés coopératives de construction d'habitations ouvrières (ou à bon marché) de statut privé de PUTEAUX : « LA FAMILLE » en 1901 et « LA MAISONNETTE » en 1905.
L' initiative privée s'étant rapidement avérée insuffisante face à l'ampleur de la situation posée par la résorption des populations entassées dans des taudis insalubres et par l'exode rural du paysan devenu ouvrier à la ville, l'État, les régions, les départements et les communes devront s'emparer du problème pour devenir les acteurs essentiels du rôle social qu'ils devront dorénavant assumer par le biais des Offices Publics. Heureusement, car est venue s'ajouter à la première vague sociale ouvrière, celle de l'immigration de la main d’œuvre étrangère puis celle des rapatriements de la décolonisation. Il reste encore aujourd'hui celle de l'immigration clandestine, de la paupérisation et de l'exclusion, conséquences des bouleversements économiques mondiaux de cette fin du XXe siècle. Ce sera probablement le défi du IIIe millénaire
C'est cette épopée du logement social à Puteaux, vieille d'un siècle, située évidemment dans son contexte national, dont on a tenté de retracer l'histoire à travers les idéologies ou les idées des hommes qui sont à l'origine de l'évolution, de la création et de la conception architecturale des pavillons ouvriers ou des grandes résidences.
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II - Le temps des utopistes et une prise de conscience
La paternité de l'idée du logement social est à mettre au crédit de Charles FOURIER, philosophe et économiste, classé parmi les socialistes associationnistes, héritier des socialistes utopistes saint-simoniens de cette première moitié du XIXe siècle, qui invente en 1822 le "phalanstère", cet archétype du logement collectif.
Il prône en effet une organisation sociale basée sur un petit groupe de travailleurs associés en une sorte de coopérative par actions de production et de consommation dont les membres sont solidaires. Selon lui elle aurait pour résultat « l'harmonie universelle ». Ce projet utopique n'a pu être réalisé mais il a engendré un courant d'idées et des adeptes comme Victor CONSIDÉRANT qui dirigea le journal "La Phalange".
Ce projet de FOURIER inspira, quelques années plus tard, Eugène SUE dans son roman « Le Juif errant », qu'il situe en 1831/1832. Il y décrit un phalanstère qu'il nomme « La maison commune » réalisée par le chef d'entreprise M Hardy, et située à proximité de sa fabrique (Cf. extrait en annexe, la description qu'en fait Eugène SUE). Ce qu'il est intéressant de retenir ici c'est la manière dont Eugène SUE idéalise sa maison communautaire. Tout d'abord il met en garde le lecteur sur le scepticisme qu'il pourrait éprouver à la lecture de cette description qui donne bien le profil des utopistes de cette époque. Il écrit : « cette description qui peut-être semblera quelque peu féerique » ne doit pas être « considérée comme des utopies, comme des rêves ». Au contraire, « ces merveilles étaient le résultat d'une excellente spéculation, et, au résumé, représentaient un placement aussi lucratif qu'assuré ». Et il poursuit son argumentation, « Entreprendre une chose belle, utile et grande ; douer un nombre considérable de créatures humaines d'un bien être idéal (...) ; les instruire, les relever à leurs propres yeux ; leur faire préférer aux grossiers plaisirs des cabarets, ou plutôt à ces étourdissements funestes que ces malheureux y cherchent fatalement pour échapper à la conscience de leur déplorable destinée; leur préférer à cela les plaisirs de l'intelligence, le délassement des arts ; moraliser, en un mot, l'homme par le bonheur ; enfin, grâce à une généreuse initiative, à un exemple d'une pratique facile, prendre place parmi les bienfaiteurs de l'humanité, et faire en même temps, pour ainsi dire, forcément une excellente affaire... ceci paraît fabuleux. Tel était cependant le secret des merveilles dont nous parlons » (Le Juif errant a été publié sous la forme d'un roman-feuilleton durant un an de juin 1844 à juillet 1845 dans le journal « le Constitutionnel ». Il eut un énorme succès qui fit passer ses abonnés de 3.600 à 40.000).
Nous retrouverons cette même idéologie chez tous les philanthropes que nous allons rencontrer au long de cette aventure.
Ainsi est née l'idée du logement social qui progressivement prendra corps dans les milieux politiques. En effet, peu après la Révolution de février 1848, sous la pression de la rue qui réclame un Ministère du Travail, le Gouvernement provisoire crée à la Chambre (située au Palais du Luxembourg, devenue le Sénat en 1870), une Commission pour les travailleurs, chargée d'étudier les problèmes sociaux. Conduite par Louis BLANC et ALBERT, comportant des délégués ouvriers, il y fut exposées certes les théories socialistes, mais aussi proposé un génial programme de constructions de logements sociaux. Au lendemain des élections du 23 avril 1848, les événements sanglants de mai et juin ne retardèrent ce programme que de quelques mois..
Ce sera Louis Napoléon BONAPARTE, le nouveau Prince Président élu le 10 décembre 1848, qui, trouvant dans ce programme de construction de logements sociaux la réponse à l'insalubrité constatée des quartiers de Paris où s'entassaient des familles d'ouvriers, en fera le symbole de sa politique sociale. Il charge le baron Georges HAUSSMANN, Préfet de Paris, dont le nom restera attaché à la transformation urbaine de la Capitale, de le réaliser.
C'est ainsi qu'est fondée en 1849 « La société des cités ouvrières » placé sous la Direction de CHABERT et MOCQUAT, le propre Chef de Cabinet du Prince Président. Il en contrôle d'ailleurs lui-même le fonctionnement en visitant des chantiers et en les finançant par le canal du Sous-Comptoir des entrepreneurs et le Comptoir national d'escompte. Au total il réalisera quelques centaines de logements sociaux dont la célèbre « Cité Napoléon ». L'Empereur reçoit même en 1867 un prix d'honneur à l'Exposition Universelle pour un habitat social d'un immeuble de quatre étages réalisé rue Montessuy à Paris.
Dans le même temps, le Vicomte Armand de MELUN, militant catholique s'occupant d’œuvres charitables, avocat au barreau de Paris, fonde « la Société d'Economie Charitable ». Élu député de l'Ile et Vilaine en 1849, il propose à l'Assemblée un projet de Loi relatif à l'assainissement et à l'interdiction des logements insalubres qui sera votée le 13 avril 1850
, avec l'approbation de Louis Napoléon BONAPARTE. Cette loi institue dans chaque commune des commissions d'assainissement des logements insalubres et rend obligatoire la réparation ou la démolition des immeubles jugés inaptes à l'habitation et dangereux pour la santé publique. Rares sont les communes qui les instaurent. Celle de Paris fonctionne efficacement, Marc Bédarida écrit dans le CAUE 92 N°14 et 15 intitulé « Logement Social dans les Hauts de Seine » que la succession d'enquêtes sur les logements insalubres loin de témoigner des résultats de la loi de 1850, démontre l'ampleur de son échec. Il cite le rapport du Docteur GRISSAC après enquête en Seine et Oise sur une habitation qu'il décrit en ces termes. « Cette habitation contient vingt lits occupés par de pauvres gens, de nombreux enfants y fourmillent. ... Dans la cour existe une cave voûtée en partie comblée par des immondices de toutes sortes où dorment des matières fécales... à droite se trouve un tas de plusieurs mètres d'ordures ménagères... l'eau de pluie n'a pas d'écoulement et la cour est alors transformée en cloaque infect. Mais tout cela n'est rien comparé à la malpropreté de la maison. Les W-C au rez de chaussée sont dans un état indescriptible... Les matières débordent et s'écoulent dans le corridor... Il se dégage de tout cela une odeur écœurante et fade. Comment peut-on vivre dans une pareille saleté ? On n'y vit pas, on y meurt. ».
Eugène SUE, dans l'ouvrage déjà cité "Le Juif errant", nous donne une description similaire de ces taudis « Si l'extérieur de ces demeures était repoussant, rien ne saurait donner une idée de leur intérieur lugubre, nauséabond ; la maison n° 5 (de la rue Brise-miche) était surtout dans un état de délabrement et de malpropreté affreux à voir... L'eau qui suintait des murailles ruisselait dans l'escalier sombre et boueux ; au second étage on avait mis sur l'étroit palier quelques brassées de paille pour que l'on put s'y essuyer les pieds : mais cette paille, changée en fumier, augmentait encore cette odeur énervante, inexprimable, qui résulte du manque d'air de l'humidité et des putrides exhalaisons des plombs ; car quelques ouvertures, pratiquées dans la cage d'escalier, y jetaient à peine quelques lueurs d'une lumière blafarde. Dans ce quartier, l'un des plus populeux de Paris, ces maisons sordides, froides, malsaines, sont généralement habitées par la classe ouvrière, qui y vit entassée. »
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III - Les premières réalisations des philantropes
Cette année 1867, année de l'Exposition Universelle, un chef d'Entreprise, Jean-Baptiste GODIN, célèbre innovateur en moulage mécanique de la fonte et créateur d'appareils de chauffage, poêles et cuisinières au bois et au charbon, a l'ambition de promouvoir l'habitation unitaire source, pense-t-il, de sociabilité pour rendre leur dignité aux individus en confondant les classes sociales.
Pour lui la maison individuelle développe l'égoïsme social qu'il veut proscrire de ses projets. S'inspirant du Phalanstère de FOURIER, il invente un modèle qu'il appelle le « Familistère » et qu'il réalise à proximité de son usine à Guise dans l'Aisne pour loger son personnel. Ce sera le « Palais Social » réalisé en 3 étapes de 1877 à 1883. Pour lui, l'habitat devant être facteur d'intégration sociale, il lui adjoindra des services éducation, santé, loisirs...
Il reconnaîtra qu'en réalisant ce vaste projet il aura eu également pour objectif de s'attacher le monde ouvrier de son entreprise en le fixant sur son lieu de travail. C'était bien évidemment le souhait d'une grande partie des dirigeants paternalistes de cette première Révolution industrielle. Il exportera ses idées et réalisera un familistère analogue en 1887 à Laeken dans la banlieue de Bruxelles. Les réalisations de Guise et de Laeken comprennent des dispositions architecturales innovantes à cette époque comme, la circulation à pied entre les bâtiments, abritée des intempéries, la prévention contre les accidents en interdisant la circulation des véhicules, la prévention contre les agressions, la sécurité incendie, des aires de jeux pour les enfants, la distribution de l'eau potable dans les appartements, des vides ordures, un lavoir alimenté par l'eau chaude récupérée à l'usine, la flexibilité des attributions de pièces par appartement en fonction de la composition de la famille ; mais aussi un théâtre, une bibliothèque, une école, une société de loisirs et des associations pour occuper la population. Le familistère de Guise sera classé monument historique et fait partie du patrimoine de la Picardie.
Plusieurs autres industriels s'inspirèrent de ce type d'ensembles sociaux mais les précurseurs de l'habitat collectif ouvrier furent les SHNEIDER au Creusot en 1852.
Cependant, les économistes libéraux, dont Frédéric LE PLAY était le théoricien (Polytechnicien devenu Conseiller d'État puis Sénateur, représentant du catholicisme social) , crièrent au danger. Ils dénoncèrent les logements collectifs qu'ils pensaient être des foyers de contagion du socialisme révolutionnaire et préconisèrent la construction de pavillons individuels, accessibles à la propriété dans des conditions avantageuses, pour développer, disaient-ils, l'esprit libéral.
Leur pensée se trouva confortée par les habitudes de vie des paysans devenus ouvriers, qui vivaient jusque là dans leur ferme, souvent isolée, et qui cultivaient leur potager en ayant l'espace pour eux. La « cage » en immeuble n'était pas pour leur plaire. Cette idée nouvelle de la possibilité d'accéder à la propriété à laquelle tous rêvaient sans trop y croire, a été adoptée avec enthousiasme dans le monde ouvrier.
L' Empereur s'intéressa à ce programme pavillonnaire et fit réaliser 41 maisons en 1867 rue Daumesnil à Paris. Incités par les réalisations de l'Empereur, des manufacturiers mulhousiens regroupés en Société proposèrent un programme de pavillons accessibles à la propriété sans apport personnel et payable mensuellement. Le succès de ce projet fut indéniable : en 1895, 1240 maisons abritant 10 % de la population furent achetées en application de ces théories libérales. Mulhouse était alors l'un des pôles industriels de la France tenu par la bourgeoisie protestante. NAPOLÉON III débloqua 10 millions de francs pour soutenir leur initiative.
Autre grand ensemble pavillonnaire, celui réalisé par Emiste Justin MENIER, le fondateur de la chocolaterie qui porte son nom. MENIER était un homme politique curieux, député de Meaux partisan du libre échangisme économique, il siégeait à gauche... Il eut l'idée de créer un village à Noisiel où se trouvait sa chocolaterie pour y loger ses 1700 ouvriers. Pour réaliser cet ensemble il fit appel à l'architecte Émile MÜLLER, celui qui avait conçu le programme mulhousien et qui s'était inspiré d'ailleurs de réalisations britanniques.
Il y ajouta, outre les services déjà proposés par GODIN, une coopérative d'approvisionnement à bas prix, une sorte de super marché, nouvelle forme de consommation. Ce modèle de construction sociale a été immortalisé par Hector MALOT - l'auteur de Sans Famille - dans son oeuvre littéraire En Famille écrite en 1893. L’auteur met en scène une jeune et pauvre orpheline, Perrine qui à la fin du roman, a suffisamment d’influence sur le maître d'une entreprise de filature de 7000 ouvriers de la région d'Amiens (il apprendra dans les toutes dernières pages qu'elle est en fait sa petite fille) pour l'inciter à réaliser un complexe ouvrier pour lequel il envoie son ingénieur à Noisiel étudier les maisons ouvrières de MENIER ainsi qu'en Angleterre pour voir le fonctionnement du Working men's club Union , et en Belgique pour l'organisation des cercles ouvriers. La description qu'Hector Malot fait des villages ouvriers réalisés auprès de chacune de ses quatre usines, donne une idée de celui conçu par Eugène Justin MENIER. (Cf. les quelques lignes de En Famille citées en annexe).
C'est ainsi que naquit à Paris en 1880 la « Société anonyme des habitations ouvrières de Passy-Auteuil » fondée par le Sénateur DIETZ-MONIN (ami de LE PLAY et de Émile CHEYSSON), associé de l'industriel JAPY et de Paul LEROY-BEAULIEU. Cette Société fit édifier 67 pavillons en 1893, la cité Passy-Auteuil, présentée comme une vitrine du libéralisme et que l'on venait voir de partout.
A la même époque, à l'instigation de quelques industriels parisiens et des fondateurs de la future Société Française des HBM, Jules SIEGFRIED et Georges PICOT, un concours pour la construction de pavillons à St Denis fut organisé. Il fut remporté par l'architecte Georges GUYON. Cet ensemble pavillonnaire baptisé "La Ruche" fut réalisé en 1892/1893 et géré par la Société des habitations économiques de St Denis.
Ce fut le point de départ d'un grand nombre d'opérations pavillonnaires du même type, au Havre, à Lyon, à Roubaix, à Montpellier, à Argenteuil. Zola en fera sa ville utopique de Beauclair dans le « Travail » paru en 1901, le quatrième tome de son « Évangile ». Sans oublier GERMINAL et les descriptions des « corons », autres formes de logements sociaux, dans les sites miniers.
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IV-
Naissance de sociétés coopératives d'habitations ouvrières à Puteaux
C'est justement au cours de cette année 1901 que née à Puteaux, au 10 rue de Penthièvre, la Société Coopérative d'Habitation Ouvrière La Famille. On trouve sa trace dans le registre des Procès Verbaux des séances du Conseil Municipal du 27 décembre 1901 lors d'un achat de terrains communaux situés rue des Pincevins (actuellement la rue Édouard Vaillant). Ces terrains proviennent d'une acquisition faite par la Mairie en 1897, après enquête de l'ingénieur d'Arrondissement (rapport du 27 Mai 1896), de deux parcelles parmi toutes celles destinées à réaliser l'élargissement et la viabilisation de la rue des Pincevins longue de 532 mètres et dont la préfecture avait autorisé les travaux pour un montant de 32.000 F. Les propriétaires; Monsieur MÉLIN pour la parcelle B 282 ainsi que Mme VANOVERBEKE et MM. COUPPÉ et DEBLOIS pour la parcelle 283P les ont cédées entières à la Mairie (Archives Départementales DO7/485 Puteaux). Cette opération laissait donc à la Mairie la disponibilité des parties des parcelles qui n'avaient pas été utilisées pour l'élargissement de la rue. Achetées 10 Francs le mètre en 1897, elles furent revendues à la Société La Famille 12 Francs en 1902. Cette vente a fait l'objet de deux conventions adoptées par le Conseil Municipal passées entre le Maire, M. Charles DECROIX, et le Président de cette Société Coopérative La Famille, M. Pierre PFLIEGER, les 27 août 1902 et 5 décembre 1902. Leur cession fait l'objet d'un enregistrement à la Conservation des Hypothèques le 2 Septembre 1903. La Société coopérative La Famille avait commencé à constituer son patrimoine domanial dès juin 1901 en achetant diverses parcelles disponibles dont notamment celles situées derrières les terrains achetés à la Mairie, permettant ainsi de réaliser avec les pavillons, des jardins ouvriers.
Il faut souligner l'importance que la Mairie avait accordé à cette première opération pavillonnaire de logements sociaux à cette époque. En effet, on relève dans un Procès Verbal de la séance du Conseil Municipal du 5 décembre 1902 qu'une réception sera offerte par la municipalité au Ministre du Commerce et de l'Industrie qui viendra inaugurer le 21 décembre 1902 à Puteaux les habitations à bon marché construites par la Société La Famille. Il pourrait s'agir de Georges TROUILLOT, Ministre du Commerce (et non de l'Industrie) en exercice à cette date au Cabinet Émile COMBES qui avait succédé en Juin 1902 au Cabinet de Pierre WALDECK-ROUSSEAU dont le Ministre du Commerce et de l'Industrie était Alexandre MILLERAND, il pourrait s’agir éventuellement de M. MILLERAND lui-même, invité avant la chute du Cabinet WALDECK-ROUSSEAU, et dont on aurait conservé le titre. Cette inauguration pourrait concerner l'ensemble des 8 pavillons de la rue des Pincevins (actuellement la rue Édouard Vaillant) construits dans sa partie haute, expropriés par la suite pour constituer l'espace de la « Défense »(cf. plan ci-joint).
Il est intéressant de noter la réaction de Marius JACOTOT alors que la Société de constructions ouvrières La Famille demandait à la Commune une petite subvention pour organiser un concours du plus beau des jardins situés autour des maisons ouvrières : le 6 juin 1903 un encouragement de la commune de Puteaux d’un montant de 30 Frs étant proposé, M. JACOTOT s’y opposa en soulevant « l'opportunité de verser cette récompense alors qu'il y a tant d'ouvriers qui ne possèdent rien et qui méritent d'être aidés ». Le Radical Charles DECROIX lui répondit « Il s'agit de donner témoignage d'intérêt à une Société qui est appelée à rendre les plus grands services à la classe ouvrière ». Jean Émile DENIS dans son PUTEAUX "Chronique du temps des puits" écrit de Marius JACOTOT qu'il était le « seul socialiste révolutionnaire, perdu dans une Assemblée quelque peu réactionnaire qui ne pouvait guère faire admettre son point de vue, mais ses interventions énergiques devaient malgré tout secouer les habitudes de ces messieurs ». Cet échange permet de constater qu’à Puteaux, les deux partis vivaient les mêmes divergences d’opinion entre le logement collectif et les ensembles pavillonnaires qui agitaient la classe politique.
La Société La Famille a construit 64 pavillons dont 31 réalisés à Puteaux (cf. liste jointe), 31 à Suresnes et 2 à Nanterre qu'elle a cédé aux heureux propriétaires entre 1909 et 1927. Sur les 31 pavillons de Puteaux une douzaine subsiste encore, dans les rues Gambetta, Montaigne, Brazza, Lavoisier et rue des Bas Rogers.
Ce sont des petits pavillons d’un étage, quasi identiques, en pierres de taille avec parements de briques rouges, ou en briques ocre avec parement en briques rouges ou inversement, généralement sans garage en sous-sol et comportant en façade deux fenêtres au premier étage dont une plus petite et au rez de chaussée, la porte d’entrée surmontée d’un petit auvent en verre à côté d’une fenêtre. Les pavillons sont, dans leur majorité, mitoyens deux à deux ou par groupe de quatre.
Quelques années plus tard, naissait la Société Anonyme Coopérative de construction d'habitations bon marché « La Maisonnette », constituée conformément à la Loi du 30 Novembre 1894, fondée le 5 Juillet 1905 et enregistrée à Courbevoie le 20 Juillet 1905 (RC de la Seine N° 122 541). Ses statuts (cf. I II 1544) ont été déposés à l'Hôtel de Ville de Puteaux où elle avait son siège. Elle avait pour objet la construction de maisons individuelles pour une famille avec cour et jardin ainsi que de maisons collectives. Elle était compétente pour toutes acquisitions de terrains et d'immeubles comme de toutes opérations et transactions immobilières. Elle était constituée en actionnariat dont les actionnaires devaient être domiciliés à Puteaux. Elle était réservée au logement d'ouvriers et d'employés vivant de leur salaire avec promesse d'attribution.
Ses membres fondateurs sont :
- Bertin François Narcisse, ajusteur mécanicien, 31 Bd Richard Wallace, Puteaux
- Jeangérard Alexandre, employé des Postes, 82, rue Delarivière Lefoulon, Puteaux
- Legrand Hippolyte Louis, 98 rue Félix Faure, Nanterre
- Villedary Justin, dessinateur, 72 Bd Richard Wallace Puteaux
- Dessuche Pierre, employé des Ponts et chaussées, 65 quai National, Puteaux
- Pouty Émile Frédéric Henry, conducteur Ponts et Chaussées, 72 rue Charles
Lorilleux, Puteaux
- Pic Augustin, mécanicien, 9 rue Arago, Puteaux
Le 8 mars 1931, lors de son Assemblée Générale, le bilan faisait apparaître la construction de 42 pavillons individuels de 1908 à 1927, dont 28 à Puteaux (cf. liste jointe), 10 à Suresnes, 3 à Nanterre et 1 à Courbevoie. Le Bureau du Conseil d'Administration était composé de M.. RENARD Président, M. CRISPONI Vice-Président, M. BARAT Secrétaire, M. DRAT Trésorier et M. BUISSINE Trésorier-Adjoint.
Il s’agit de pavillons avec une architecture plus recherchée, différents les uns des autres, pour lesquels les futurs propriétaires ont du être consultés par l’architecte. Il faut relever cependant que la Société « La Maisonnette » est citée dans les Etats des Sections de la Matrice du Cadastre (cf. archives municipales de Puteaux) comme premier propriétaire dans quelques cas.
Pendant que se développait cet engouement pour la réalisation d'ensembles pavillonnaires sociaux, une nouvelle impulsion était déjà donnée au logement collectif à Paris et en province dès 1886.
En province, à Rouen, des banquiers regroupés par le Comptoir d'escompte créent la Société anonyme immobilière des petits logements et réalisent, conçue par l'architecte Édouard LECOEUR en décembre 1886, la résidence « Alsace-Lorraine » inspirée du Familistère de GODIN. Cette première de province sera suivie par d'autres à Lyon et à Marseille notamment grâce à Eugène ROSTAND Président de la Caisse d'Épargne et de Prévoyance des Bouches du Rhône dont la littérature fut à l'origine de la loi de 1894.
A Paris, en 1888, le banquier Michel HEINE fait un don généreux de 600.000 francs à la Société Philanthropique s'occupant d’œuvres caritatives, présidée par Georges PICOT qui, grâce à ce financement, fit construire au 45 rue Jeanne d'Arc à Paris un immeuble de 35 logements conçu par l'architecte Wilbrod CHABROL, lequel sera suivi d'un autre immeuble avenue de St Mandé. C'est aussi à Paris que les Compagnies de Chemins de Fer fondèrent en 1890 la Société anonyme d'habitations économiques qui fit construire 4 immeubles dans les XII et XIIIe arrondissements conçus par l'architecte Albert BAUDOUIN.
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V - Le temps des habitations bon marchés (HBM)
Fondations, Sociétés anonymes ou coopératives
Les offices publics HBM
NAPOLÉON III avait déjà défini les rôles respectifs de l'État et de l'initiative privée : au premier la conception et la réglementation, à la seconde l'investissement. Et, c'est en juin 1889, à l'occasion du premier congrès international des habitations ouvrières lors de l'Exposition Universelle que le logement social pris le nom d'Habitation Bon Marché - HBM-. Ce congrès était animé par Jules SIEGFRIED. Parmi les membres fondateurs il y avait Georges PICOT, Émile CHEYSSON, Émile CACHEUX, Eugène ROSTAND, des personnalités qui marqueront cette épopée du logement social, ce sont des politiques, juristes, ingénieurs, médecins. Ils jetteront les bases de la proposition de Loi adoptée le 30 Novembre 1894 et dites Loi SIEGFRIED. Cette première loi relative aux HBM prévoit que les Sociétés coopératives seront aidées financièrement par l'ouverture de sources de crédits provenant d'établissements recevant des fonds de mécènes, offrant des emprunts à taux réduit comme la Caisse des Dépôts et la Caisse d'Épargne. S'ajoute à ces facilités un régime fiscal particulier dont l'exonération de la taxe foncière. Ces exonérations et avantages fiscaux ne sont cependant accordés que si les Comités de Patronage créés par la loi et chargés d'encourager le construction d'HBM, délivrent un certificat de salubrité. Celui-ci est fonction de l'application de règles strictes concernant la surface des pièces (9 m2 minimum) et des parties communes, des conditions d'éclairage, d'ensoleillement, d'aération, de l'installation de l'eau courante dans les logements, de W-C et de l'équipement des logements en appareils de chauffage et de conduits de fumée.
Sur les bases de cette nouvelle législation, plusieurs fondations, sociétés anonymes et sociétés coopératives qui s'étaient constituées, furent regroupées dans la Société Française d'HBM. Deux fondations importantes ont marqué cette époque.
Instituée en octobre 1899 par des membres de la Société anonyme des habitations économiques de St Denis, dont Émile CACHEUX, la Société civile « Groupe de Maisons Ouvrières » (GMO) deviendra en 1918 la Fondation LEBAUDY. Elle se donne pour objet « la construction de maisons d'habitations salubres et à bon marché en vue de leur location à des personnes n'étant propriétaires d'aucune maison, notamment à des ouvriers ou employés vivant principalement de leur travail et de leur salaire, à Paris et dans la Banlieue de Paris et rentrant dans les conditions du règlement d'administration publique du 21 Septembre 1895 ». Cette première société civile engendrera plusieurs organismes philanthropiques et réalisera 8 immeubles totalisant 1170 logements au 1er juin 1912.
Son premier immeuble a été construit en 1900 rue Jeanne d'Arc à Paris à proximité des habitations de la Société philanthropique. Le GMO deviendra Fondation au décès de Madame LEBAUDY qui, après avoir perdu son mari, le célèbre sucrier, fit un don généreux très important pour réaliser cet objectif. Il faut noter que les LEBAUDY possédait dans l'île de Puteaux un parc qui a été cédé à la ville et qui conserve encore aujourd'hui leur nom.
Mais qu'est-ce qui sous-tend chez ces philanthropes cette volonté de militer et de financer des oeuvres caritatives pour loger des ouvriers ? Leur idéologie est avant tout « moralisatrice » et « éducative » comme nous l'avons vu précédemment dans la citation du Juif errant d'Eugène SUE : soustraire les ouvriers à la boisson, à la débauche, et leur donner le goût de la famille et de l'hygiène. Monique ELEB rapporte que Eugène HATTON, Trésorier du GMO, citait à ses collaborateurs les propos que Madame LEBAUDY lui avait confiés quant à l'objectif de l’œuvre et qui semble bien résumer cette idéologie : « Mon intention, en construisant des habitations, n'a pas été seulement de procurer des logements hygiéniques aux travailleurs parisiens, mais de les habituer à l'ordre, à la propreté, au respect d'eux-mêmes, en un mot, de les moraliser : c'est là, par l'élimination des éléments mauvais, mon véritable but. » Et il poursuivait « On croit généralement qu'il suffit de donner à une famille des locaux propres, hygiéniques et gais, pour qu'aussitôt les habitudes de désordre disparaissent, et que le but désiré soit atteint. Il n'en est malheureusement pas ainsi. A cette famille transplantée d'un milieu malsain dans un immeuble confortable, en contact avec une majorité de locataires soigneux, une acclimatation longue et progressive est nécessaire. Les mauvaises habitudes se perdent lentement (...) les habitudes invétérées de désordre et de malpropreté. »
La fondation ROTHSCHILD est créée en juin 1904. Les barons Edmond, Alphonse et Gustave de ROTHSCHILD, banquiers et philanthropes, offrirent une somme de dix millions de francs (environ quelques 400 millions de francs 1990) à l'amélioration de l'existence des travailleurs et constituèrent une fondation.
Ce patrimoine sera dirigé par Gaston GRIOLET, et un Bureau d'architectes à la tête duquel ils nommeront Paul NÉNOT, le concepteur de la nouvelle Sorbonne. Un concours fut ouvert (remporté par Augustin REY), et NÉNOT constitua son cabinet d'architectes avec les cinq premiers lauréats de ce concours. Ils construisirent le « Louvre de l'habitation populaire » qui fut unanimement loué en France comme à l'étranger. La fondation ROTHSCHILD édifia 702 logements.
Parmi les autres sociétés de construction de logements sociaux , on relève aussi :
- la fondation COGNAC-JAY à Levallois Perret
- la fondation Cité GÉVELOT à Issy les Moulineaux
- la fondation SINGER-POLIGNAC
- la société anonyme d'habitations économiques
- la société philanthropique de Paris
- la société anonyme des logements hygiéniques à bon marché
- la société anonyme des logements économiques pour familles nombreuses.
- ............ etc.
Des architectes se passionnent pour ce nouveau terrain architectural et participent aux concours organisés par ces fondations. Parmi les lauréats heureux : Adolphe Augustin REY (déjà cité), Henri PROVENSAL, Auguste LABUSSIÉRE, Georges VAUDOYER...
De 1898 à 1906, 18 sociétés d'HBM seulement seront crées en raison de la difficulté d'obtenir des financements privilégiés ; et, malgré les efforts philanthropiques, il s'avéra que la situation était encore très largement catastrophique. C'est ce qu'il ressort du recensement général de la population entrepris en 1906 qui montre l'insuffisance notoire de logements décents. Partout en France on dénombre des taux de population importants vivant dans des logements insalubres (42 % à Brest, 48 % à Fougères, 60 % à Concarneau, mais aussi à Bordeaux à Toulouse et à Paris) « sans jour ni air et de dimensions insuffisantes » rapporte un Conseiller municipal de Paris qui dénombre plusieurs îlots insalubres dans la Capitale.
L'initiative privée avait montré ses limites, il fallait une nouvelle dimension à la portée de la Loi SIEGFRIED. Ce fut l’œuvre de Paul STRAUSS, fondateur de la Revue Philanthropique qui s'était déjà fait remarquer par ses études sur l'enfance malheureuse. La loi sur la séparation de l'Église et de l'État ayant été adoptée, c'est dans un climat radical et laïque qu'il va proposer une loi. votée le 12 avril 1906, dite loi STRAUSS.
Elle incite (sans obligation) les communes et les départements à soutenir l'activité des sociétés anonymes d'HBM et confirme le rôle des comités de patronage dont les rapports font autorité pour l'obtention d'un financement destiné à la construction de logements sociaux. Mais la timidité du projet en fit son échec.
Deux ans plus tard, Alexandre RIBOT (du parti Conservateur), en compagnie de Jules SIEGFRIED, obtient lui aussi à l'unanimité de la Chambre (pourtant à majorité Radicale) le vote d'une loi sur l'accession à la propriété des salariés sous réserve d'un apport de 20 % du financement total. Cette loi du 10 avril 1908 institue des Sociétés de Crédits immobiliers. Il s'agit de sociétés de prêts qui ne peuvent dépasser le taux de 3,5 % et dont le but est de favoriser le financement des petites propriétés en milieu rural afin d’en freiner l'exode (ce sera un échec) et d'aider les sociétés HBM (ce deviendra sa vocation première). Par ailleurs l'État finance lui aussi ces sociétés HBM par des prêts sur 25 ans au taux de 2 % seulement. Cette loi officialise par ailleurs les sociétés de jardins ouvriers qui bénéficient des même avantages que les sociétés HBM.
Le démarrage des Caisses de crédits immobiliers fut très lent, juste avant la guerre on n'en comptait que 73 et elles n'avaient permis la réalisation que de 3000 maisons. La loi, modifiée en 1922, permit alors une rapide expansion de leur nombre, mais les réalisations restaient toujours insuffisantes face à la situation de plus en plus dégradée des mal-logés du fait de l'industrialisation galopante ainsi que de l'accroissement de la population ouvrière et d'employés en milieu urbain en ce début du XXe Siècle. Ce constat fut à l'origine d'un différend grave en 1911 - 1912 entre d'une part la ville de Paris qui souhaitait l'intervention de l'État et, d'autre part, la liberté de gestion que voulaient préserver les fondations et la Société française d'HBM. L'État (Raymond POINCARÉ a constitué son Cabinet le 14 Janvier 1912) jugea indispensable de prendre des mesures beaucoup plus radicales en donnant un ancrage public à l'habitat social en le municipalisant. Il appartint à Laurent-Marie BONNEVAY, député du Rhône et conseiller municipal de Lyon, auteur d'ouvrages sur la condition ouvrière, de présenter à la Chambre une nouvelle loi qui sera votée le 22 décembre 1912 à l'unanimité (572 voix sur 572) dite loi BONNEVAY, promulguée le 23 décembre 1912.
Cette Loi institue les Offices Publics d'Habitations Bon Marché - OPHBM - qui donne les pouvoirs, le droit et le devoir aux communes et aux départements de soutenir les constructions HBM. Le certificat de salubrité délivré par les Comités de patronage créés en 1894 atteste que les normes de conception des logements sont bien respectées.
Cette Loi aurait dû marginaliser les fondateurs des sociétés civiles qui s'opposaient à l'étatisation des logements sociaux. Pourtant, les premiers Offices HBM seront structurés autour d'eux. Auguste LABUSSIÈRE et Frédéric SCHNEIDER font partie du premier conseil d'administration de L'Office Public d'HBM de Paris. Auguste LABUSSIÈRE est un homme qui marquera fortement le paysage urbain putéolien et qui à ce titre nous intéresse plus particulièrement
Auguste LABUSSIÈRE est né en 1863, ingénieur centralien à 21 ans, il devient en 1903 l'architecte du Groupe des Maisons Ouvrières. Durant cette même période de 1903 à 1923 il est aussi architecte voyer de la ville de Paris. En 1917 il quitte la Fondation LEBAUDY et en 1919 il est nommé administrateur délégué de l'Office Parisien HBM dont il est membre depuis sa création le 28 Janvier 1914. Au sein de l'Office il crée l'agence architecturale qui concevra une architecture spécifique de l'habitation sociale dont le type aura été l'immeuble du 124 rue Daumesnil à Paris conçu pour les GMO et qui sera inauguré en 1908. Il le concevra après avoir construit celui de la rue Ernest-Lefèvre en 1905. Parallèlement, en 1917 il crée un cabinet d'architecte libéral associé à RÉBY. C'est ainsi qu'ils réaliseront avant la guerre, plusieurs projets de constructions, inspirés de celui de la rue Daumesnil à Paris, pour l'Office HBM de Puteaux : les Résidences Victor Hugo, Cartault, Bernard Palissy, Marcelin-Berthelot. Auguste LABUSSIÈRE s'éteindra en 1956. Après son décès, RÉBY terminera seul les HBM Bernard Palissy et Marcelin Berthelot. Il aura été le premier architecte de l'office Public HBM des logements sociaux de Puteaux.
Dans le département de la Seine, le Décret instituant officiellement l'Office HBM de Puteaux date du 27 juin 1914, c’est à dire moins de deux ans après la promulgation de la Loi instituant les Offices publics HBM. Henri SELLIER, élu conseiller municipal de Puteaux le 12 mai 1912 sur la liste de Lucien VOILIN, jouera un rôle prépondérant à ce sujet.
La Grande Guerre aura été une parenthèse dans cette évolution. Les destructions massives et le retour des soldats qui de leur campagne émigrent de plus en plus nombreux vers les villes, seront les facteurs déclenchant d'un immense effort de construction et de reconstruction qui s'appuiera sur les lois votées et les organismes HBM créés avant la guerre comme ce fut le cas à PUTEAUX.
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VI - La situation sociale et celle du logement à Puteaux au lendemain de la guerre
Au lendemain de la Grande Guerre, la situation sociale et celle du logement à Puteaux n'étaient guère brillantes. Deux témoignages viennent nous en donner un aperçu : celui du début des années 1920 de Jacques VALDOUR dans son ouvrage « La vie ouvrière - Ateliers et Taudis de la Banlieue de Paris - Observations vécues » paru en 1923 ; et celui de KEISO ISOBE (un japonais très parisien) dans une thèse, soutenue à Paris IV en 1981, sous la direction du Professeur CLAVAL, intitulée « Problèmes d'évolution économique et d'urbanisme dans la banlieue Ouest de Paris : Puteaux et Suresnes durant la Guerre de 1914 - 1918 et pendant l'Entre Deux-Guerres ».
Jacques VALDOUR, Dans son chapitre III - Puteaux - § 1 - décrit ce qu'il y a vécu........
« Quelques garnis misérables, au voisinage immédiat de la pauvre église, dans le plus vieux quartier de Puteaux, abritent les musulmans algériens qui travaillent dans les usines. Celui où j'habite répond à l'aspect le plus ordinaire des logis ouvriers de la localité. Ce garni, dont l'entrée est distincte de celle du débit-restaurant, compte trois étages et une trentaine de petites chambres qui mesurent trois mètres sur deux mètres vingt ; les portes sont formées de planches tout unies, peintes de couleur marron ; le sol est partout carrelé. Les cabinets sont installés de la façon la plus rudimentaire, au premier étage, dans une construction accolée à la cage d'escalier. Les chambres qui donnent sur la rue ne manquent ni d'air, ni de lumière. Mon mobilier comprend une seule chaise dont le siège est formé d'une planche, un petit lit de fer, une petite table, une toilette et une glace, une commode dont les quatre tiroirs peuvent s'ouvrir au moyen d'un bout de ficelle. Les murs sont tendus de papier clair, rapiécé. Ni broc, ni seau : une seule serviette, un unique pot à eau, dont on peu renouveler le contenu au robinet placé dans l'escalier. Une des vitres de la fenêtre est brisée et un large fragment fait défaut : par ce trou et la porte mal close, la cage d'escalier et le vestibule toujours ouvert sur la rue, l'air humide et froid en cette arrière saison, se renouvelle à l'excès. L'hiver, cette chambre où il est impossible de faire du feu, doit être glaciale. Dans mon lit, sous les minces couvertures, c'est tout juste si je me sens protégé contre la vive fraîcheur des nuits d'automne. La tranquillité de cet hôtel garni est parfaite ; on n'y entend jamais le moindre bruit. Des ouvriers français, chinois, algériens et quelques femmes l'habitent. Mais les rencontres de locataires sont si rares, leurs allées et venues si discrètes, que l'on pourrait se croire seul.
Un grand nombre de jeunes ouvriers, de dix huit à vingt-cinq ans, vivent ainsi, moralement abandonnés, dans des garnis de la ville et prennent leurs repas dans les débits qui y sont annexés. deux jeunes ouvriers de vingt ans à peine dînent à une table voisine. Un de ces derniers raconte qu'il vient de retenir une chambre du prix de quatre-vingt francs par mois. C'est propre, au moins ! Et il y a le chauffage central ! . L'autre se récrie : Oui, mais cet hôtel-là c'est une caserne !
Un peu plus loin VALDOUR poursuit.... Dans cette cité ouvrière, on ne trouve, en dehors des salariés, que des boutiquiers et des débitants. A part de nombreuses usines, quelques rares immeubles de six étages et quelques jardins, ce ne sont que des maisons à un ou deux, parfois trois étages, vétustes, légèrement construites en moellons couverts d'un crépissage. »
L’appellation « cité ouvrière » de VALDOUR pour désigner Puteaux, est bien le reflet de la réalité de cette époque. KEISO ISOBE nous précise qu'il a dénombré 21 grandes entreprises industrielles à Puteaux à avoir acquitté une contribution extraordinaire sur les bénéfices exceptionnels ou supplémentaires réalisés durant la période 1914 – 1920. Il y a évidemment les grandes entreprises métallurgiques de l'automobile : UNIC et de DION BOUTON. Cette dernière, selon l'exposé de M. Gaston GARINO du 20 janvier 2000 au Palais de la Culture, occupait à elle seule en 1902 une superficie de 36.000 m2 et employait quelques 2.000 ouvriers. Elle s'est étendue par la suite sur des terrains situés Quai National, elle s'est agrandie de 51 à 67 % de 1914 à 1920 précise KEISO ISOBE. L'usine a été achevée en 1926. UNIC ne représentait que le tiers de cette capacité. D'autres secteurs industriels de pointe s'étaient installés également à Puteaux, comme l'aviation avec SAULNIER, l'horlogerie avec JAZ, des fonderies, le pneumatique avec HUTCHINSON, la parfumerie avec COTY, sans oublier le célèbre Atelier de construction de l'Artillerie de Puteaux, l'Arsenal. A coté de cette grande industrie lourde, Puteaux voit naître de très nombreux petits ateliers de mécanique qui travaillent en sous-traitance. Jacques VALDOUR nous rapporte à ce sujet les propos d'un ouvrier d'une usine de moteurs à Puteaux : « Leurs petits patrons, c'était des ouvriers qui avaient acheté quelques machines, des tours et des perceuses ; ils ont amassé des fortunes. » Ces petits ateliers se trouvaient dans le sous-sol de leur pavillon où les ouvriers travaillaient à façon pour l'ensemble des usines de la petite couronne.
KEISO ISOBE nous donne sur la situation du logement des renseignements chiffrés puisés dans des sources documentaires, ... selon un rapport de l'Office public d'HBM du département de la Seine, le nombre de locataires en garnis était de 2.443 à Puteaux (...) en 1921 : 7,3 % de la population, dont Jacques VALDOUR indique qu'elle était de 38.000 habitants au début des années 1920.
Selon l'auteur de la thèse,.. « si les locataires de chambres meublés habitaient dans des conditions déplorables, la situation de ceux qui vivaient dans des logements ordinaires n'était pas enviables non plus. En 1921, 44,9 % des personnes vivant dans des maisons ordinaires habitaient des locaux insuffisants ou surpeuplés à Puteaux. (...) 41 % (d'entre elles) disposaient de moins d'une pièce pour chacune, contre 48 % de celles vivant dans des hôtels meublés ou garnis. ...pièces signifiant espace cloisonné du plancher au plafond où l'on peut mettre un lit d'adulte si l'on veut. L'état du surpeuplement était pire que les chiffres ne le laissent imaginer....A cet entassement s'ajoutait l'insalubrité des logements (la maladie la plus grave c'était d'abord la tuberculose). Le surpeuplement était censé être une des causes de la fréquentation des débits de boissons. Mais ...c'était en partie pour fuir le logement surpeuplé ».
Un autre témoignage vient nous éclairer sur un autre aspect de cette situation sociale, celui de Pierre LHANDE dans « Le Christ dans la banlieue » publié en 1928 aux éditions PLON. « ...Tous dans ce peuple de « refoulés » ne sont pas des indigents, des sans foyers.…. Ceux-là, ouvriers, vendeurs, chefs de bureaux, gens de professions libérales, ont réussi à acheter ou du moins à louer une maisonnette avec un petit jardin qui ne manque pas d’élégance. Ils ont pu profiter des lotissements ouverts par… des sociétés particulières d’habitations à bon marché sur des grands terrains bien aérés et distribués avec prévoyance… » Nous avons vu que tel était le cas à Puteaux avec La Famille et La Maisonnette. Pierre LHANDE poursuit « Mais en regard de ces privilégiés, il y a la foule des petites gens : ceux que chasse de la capitale la cherté croissante du loyer, ceux qui ne peuvent se payer le luxe d’occuper une maison bâtie. Ceux là loueront, vaille que vaille, un bout de terrain incommode – ou l’occuperont par contrebande, comme cela se fait dans la zone des chiffonniers. Ils construiront là, en hâte, n’importe quoi : un abri précaire, une baraque, avec des matériaux de fortune. Les minables édifices s’empilent sur l’espace libre au petit bonheur, sans ordre et sans cohésion. ». Ces chiffonniers se trouvent à Puteaux, après le monument de la Défense, à droite et à gauche de la route de Nanterre « voici, écrit-il, derrière un mince rideau de façades, des abris aux murs lépreux, bientôt des villages nègres de chiffonniers. Sur la gauche, un petit couvent….les petites sœurs de l’Assomption. Ces vaillantes filles…ont commencé, toutes seules à explorer les habitations misérables qui se multiplient chaque jour sur le terrain libre en direction de la Folie. ».
Au travers de ces trois témoignages on peut reconstituer la physionomie urbaine et sociale de Puteaux durant ces années 20 : une cité ouvrière au milieu d’un tissu industriel très dense, dans le bas de Puteaux une majorité d’ouvriers logeant en appartements ou en garnis, en remontant vers le moulin Chante Coq quelques maisons plus ou moins bourgeoises, et dans le haut de Puteaux le bidonville des chiffonniers.
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VII - Le premier programme de constructions HBM à Puteaux
Durant cette période au cours de laquelle ces témoins nous rapportent cette situation sociale à Puteaux, la nouvelle Municipalité, issue des urnes du 12 mai 1912, consciente de la situation, et poussée par Henri SELLIER élu sur la liste VOILIN à cette époque, va mettre en oeuvre le premier programme de constructions de logements sociaux. Ce Conseil, sans Henri SELLIER, sera reconduit après la guerre.
Le nouveau Maire, Lucien VOILIN, qui a succédé à Charles DECROIX, lors d'une séance du 12 décembre 1912, rappelle que « le Nouveau Conseil a pris l'engagement (il s'agit du programme présenté pendant la compagne électorale) de poursuivre la solution du problème des habitations à bon marché....Il devient de plus en plus urgent d'obtenir des résultats et qu'en vue d'aboutir le plus rapidement, il y avait lieu de nommer une Commission d'étude qui serait composée de Conseillers Municipaux des Communes du Canton et de membres des sociétés d'habitations ouvrières et coopératives ». M. SELLIER ajoute « Il faut observer que la Commission cantonale aura pour mission de fonder tout d'abord l'Office intercommunal des HBM » ; création d'un Office fondée sur la loi du 12 Avril 1906 (dite STRAUSS). Il propose la nomination de 8 Conseillers. Sont désignés MM VOILIN, JACOTOT, MARTIN, SELLIER, MONIER, JEANGERARD, DUMAS et COFFINHAL.
Donnant suite à la proposition de son Maire, Henri SELLIER, au nom de la Commission des Finances, et rapporteur de la Commission d'étude désignée en décembre 1912, invite le Conseil Municipal, lors de sa séance du 18 février 1913, à adopter un projet de création d'un syndicat intercommunal des communes du Canton (Ce syndicat devait regrouper les communes de Puteaux, Suresnes, Courbevoie et Nanterre), indispensable pour créer un Office Intercommunal d'HBM à qui la loi du 23 décembre 1912 (dite BONNEVAY) donnait des capacités d'emprunts beaucoup plus étendues (cf. en annexe l'allocution d'Henri SELLIER).
Cependant, quelques mois plus tard, le 8 décembre 1913, trois rapporteurs de la Commission des finances se succèdent devant le Conseil (cf. en annexe les exposés) :
- M. GOUDUREAU fait connaître au Conseil que le Préfet a refusé la création du syndicat intercommunal parce que les ressources de fonctionnement de l'Office d'HBM intercommunal n'étaient pas constituées. Et il fait adopter la création d'un Office communal d'HBM de Puteaux en lui affectant immédiatement une subvention de 100.000 Fr. prélevée sur des fonds d'emprunt. L'office devait être administré par 18 membres ainsi choisis :
- 6 par le Préfet, parmi les personnes particulièrement compétentes en matière d'hygiène et de construction et de gestion d'Habitations ouvrières,
- 6 désignés par le Conseil Municipal
- 1 par le Comité de Patronage des Habitations ouvrières à bon marché
- 1 par les Sociétés d'Habitations
- 1 par les Sociétés de Secours Mutuels
- 1 par le Conseil départemental d'Hygiène
- 1 par la Caisse d'Epargne
- 1 par les Unions des Syndicats
Il est intéressant de relever que les Sociétés coopératives d'habitations ouvrières de statuts privés étaient représentées au Conseil d'Administration (cf. en annexe la deuxième allocution d'Henri SELLIER).
Cette création d'un Office Public d'HBM de Puteaux recevra l'approbation du Conseil d'État et l'accord du Ministère de l'Intérieur le 27 janvier 1914. Le Décret officialisant cette création est daté du 27 juin 1914 (l'Office HLM de Paris ne date que du 28 Janvier 1914 et celui de Suresnes de 1920 seulement après qu'Henri SELLIER en soit devenu maire en 1919).
- Au cours de cette même séance M. CHANTUREAU fait adopter l'acquisition d'une propriété appartenant à M. Henri Léonce MALANCON située au 145 rue de la République de 7280 m2 au prix de 240.000 F (l'acte de vente sera signé chez Maître CHAUVIN, notaire à Suresnes)
- M. MANIÈRE fait adopter le programme financier : le solde de l'immeuble PELLETIER acquis antérieurement ainsi que la mise en viabilité de la rue Henri Martin et les fonds de création de l'Office HBM. Le financement sera réalisé par une immobilisation de 12.345 Fr. sur les taxes spéciales d'octroi et par un emprunt de 420.000 Fr. remboursable sur 30 ans. Les 100.000 Francs de dotation de l'Office feront l'objet d'un prêt sur 30 ans de la Caisse départementale des retraites ouvrières de la Seine au taux de 4,3 %, payable à la Caisse des Dépôts et Consignations, et le reste de la somme fera l'objet d'un emprunt également sur 30 ans à la Caisse des Dépôts et Consignations au même taux.
Poursuivant sa politique d'acquisitions domaniales, le Maire, Lucien VOILIN, projette d'acheter, avec l'accord du Conseil Municipal du 1er juillet 1914, un nouveau terrain à M. Ernest SEIRES de 2.085 m2 au 18 rue des Fontaines pour 26.000 fr. Mais la Grande Guerre arrive quelques mois plus tard et ce projet sera abandonné en 1916 en raison de la situation des finances de la Municipalité.
Ainsi, l'Office Public d'HBM de Puteaux, créé en juin 1914, qui venait de se doter de moyens financiers et de réserves domaniales grâce à la Municipalité, voit son élan interrompu dès le début de la Grande Guerre. Il recommence à fonctionner en 1919 avec les subventions de l'État, les emprunts concédés par la Commune, les acquisitions de terrains communaux cédés à l'OPHBM et les prêts obtenus auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations.
En effet, quelques semaines après l'Armistice du 11 novembre 1918, le 4 décembre exactement, Lucien VOILIN donne lecture au Conseil Municipal d'une circulaire du Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale relative à l'institution d'Offices Publics HBM. Il rappelle que celui de Puteaux a été créé par décret du 27 juin 1914 et que la longue période d'hostilités n'a pas permis d'en poursuivre l'exécution. « Le moment est venu, dit-il, de reprendre cette affaire dont l'intérêt, à l'heure actuelle, est plus grand que jamais » et il fait nommer les 6 premiers Conseillers Municipaux du premier Conseil d'Administration de l'Office Public HBM de Puteaux : MM Lucien VOILIN, Marius JACOTOT, Armand BEAUSSART, Paul BALAGUÉ, Prudent GOUBEREAU et Adrien CHANTUREAU.
La Commune acquiert la propriété de M. MALANCON du 145 rue de la République, elle cède à l'Office la partie de terrain non bâtie et conserve la maison d'habitation laquelle deviendra plus tard l'immeuble de la "Justice de Paix" puis une crèche municipale. La Commune prélèvera sur ces terrains, l’espace nécessaire à la réalisation de la prolongation jusqu’à la rue Chante-Coq de la rue Victor Hugo qui jusque-là s'arrêtait rue Charles Chenu, ainsi que l'alignement et l'élargissement de la rue de la République et de la rue Charles Chenu.
Le terrain ainsi amputé représente cependant 5242,57 m2 ; il est cédé à l'Office pour le prix de 124.563 Fr. par décision du Conseil Municipal du 29 Octobre 1920. C'est sur ce terrain, devenu le 76 rue Victor Hugo (prolongée), que sera réalisée la première construction « d'Habitations Ouvrières » dont le permis de construire a été demandé le 4 novembre 1921 par l'architecte-ingénieur Auguste LABUSSIÈRE à qui ont été confiés les plans et la réalisation. Un crédit de 6.400.000 Fr. est autorisé par décret du 16 février 1921 auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations.
Cette même année 1921, le 14 octobre, le Conseil Municipal décide l'achat de terrains rue Cartault et rue Bernard Palissy d'une superficie totale de 24.900 m2 appartenant aux imprimeries LORILLEUX et à M. HUSSENOT pour un montant de 700.000Fr.. La construction des résidences HBM qui y seront édifiées, sera confiée également à Auguste LABUSSIÈRE associé à RÉBY. Les plans sont approuvés le 9 mars 1922 et des crédits d'un montant de 91.000 Fr. sont votés par le Conseil Municipal pour couvrir les frais d'acquisition. Le coût de la construction des deux groupes d'habitations est estimé à 18.600.000 fr.. Le financement de l'opération repose sur une subvention de 13.600.000 fr. du Ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance Sociale ; sur un emprunt auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations de 10.200.000 fr. et un autre emprunt au Crédit Foncier de 2.040.000 Fr., le maintien de la subvention qui avait été accordée pour le 145 rue de la République est sollicité auprès du Ministre, elle est transférée sur l'opération Cartault. La Commune assure auprès des banques la garantie d'emprunt (intérêt et amortissement) en se portant caution.
Auguste LABUSSIÈRE, et RÉBY obtiennent le Permis de construire de la résidence du 16-18 rue Marcellin Berthelot en 1929 ; elle sera achevée pour sa première tranche en 1932 et la seconde en 1934.
On peut apprécier le style architectural de LABUSSIERE, semblable sur ces trois résidences, il est inspiré de ses réalisations parisiennes, notamment celle du 124, avenue Daumesnil pour le Groupe des Maisons Ouvrières (GMO)
L'HBM de la rue de Neuilly, devenue le 140 rue de Verdun, est achevée en 1938. Les terrains appartenant d’une part à M. DERUE et d’autre part à M. et Mme MALMEJAT-GIROU, d’une superficie totale de 6000 m2 ont été achetés le 20 mai 1936 pour 13.930.000 F. L’étude est effectuée par le Cabinet d'architecte Thomas PAVOT. Les travaux commencent le 1er avril 1937 après un avis du Conseil d’Administration, du Conseil Municipal et du Comité de Patronage des HBM de la Seine. M. HAON, secrétaire de l’OPHBM de Puteaux et M. Alphonse MARTIN, administrateur délégué ont assuré le suivi de cette opération. Le projet initial était dû à la Société anonyme des HBM « le Foyer des invalides et des anciens combattants », et les logements étaient destinés à l’origine exclusivement aux invalides, aux anciens combattants et aux familles.
Les résidences d'HBM réalisées entre les deux guerres : le 76 rue Victor Hugo, les 4 et 29 rue Cartault (ce sera la première tranche Cartault), le 16 et 18 rue Marcellin Berthelot, ainsi que le 140 rue de Verdun, représentent 1351 appartements et permettront de loger 5370 personnes, dont KEISO ISOBE nous dit que « ...cet effort est très appréciable en nombre de logements construits, l'Office de Puteaux était le 5e en France en tant qu'Office municipal après Paris, Lyon, Strasbourg et Lille. » L'effort municipal pour la construction de logements populaires a donc été considérable pour l'époque, tant pour les risques financiers que pour constituer un patrimoine domanial et réaliser ce qui, à l'époque, était le mieux sur le plan architectural ; fantastique performance pour une ville de 40.000 habitants classée juste après Paris et trois grandes capitales régionales. Et il ne s'agit pas de cités-jardins tant préconisés par l'Office départemental, mais d'immeubles collectifs proches du centre ville, parfaitement étudiés pour cette époque dans un style architectural semblable à celui des immeubles que LABUSSIÈRE a réalisés pour la Ville de Paris, « possédant un minimum de confort indispensable à une vie saine, et en créant un cadre favorable à l'épanouissement de la vie familiale ».
La contestation des locataires contre les propriétaires a débuté depuis longtemps à Paris. C'est en 1890 que commence &ag