
Une journée à Meudan
par Maryse Roussaux
Le samedi 14 mai dernier plus de quarante membres de la SHALP ont participé à la sortie proposée par l’atelier littéraire. Au programme : visite de deux maisons d’écrivains situées à Médan sur les bords de Seine dans les Yvelines, celles d’Emile Zola et de Maurice Maeterlinck.
10h : La matinée fut consacrée à la découverte de la propriété qu’Emile Zola aménagea et transforma tout au long des années où il y habita, notamment les mois d’été, de 1878 à 1902 année de sa mort.
La visite a eu de quoi surprendre. On s’interroge : Zola avait-il la folie des grandeurs ? En effet, si au départ la maison qu’il acheta se résumait à quatre pièces minuscules il n’eut de cesse de l’agrandir et d’acheter les terrains alentour. Les deux tours qu’il fit construire de part et d’autre du corps central initial en témoignent.
D’abord la tour nord, de forme carrée, dite la tour "Nana" au sommet de laquelle l’écrivain installa son cabinet de travail. Chacun put apprécier ou s’étonner de la décoration de cette vaste pièce avec l’immense cheminée Renaissance au-dessus de laquelle Zola fit inscrire "Nulla dies sine linea" (pas une journée sans une ligne), le mobilier rococo, l’alcôve et son divan au-dessus de laquelle une mezzanine fait office de bibliothèque et surtout le bureau de l’écrivain face à la large baie qui donne sur la vallée de la Seine.

Puis la tour sud, hexagonale, dite tour "Germinal" fut l’objet d’un nouvel étonnement. Une immense salle de billard en occupe le rez-de-chaussée. Malgré un décor très chargé on ne peut s’empêcher d’admirer les quatre grands vitraux aux motifs très Art nouveau : paons, oiseaux aquatiques et fleurs. Que dire du plafond dont les poutres sont décorées de blasons rappelant la généalogie de l’écrivain, du sol pavé d’une mosaïque très orientaliste… et de la cheminée monumentale avec sa plaque de fonte sculptée de fleurs de lys.

Alors certains ne manquèrent pas de noter, surtout après la visite le la salle à manger au rez-de-chaussée dont le plafond est orné de fleurs de lys que ce symbole royal était, très paradoxalement, cher à Zola.
Maintenant ce sont les pièces consacrées à l’affaire Dreyfus qui permettent à tous de retrouver l’écrivain et ses engagements politiques. On ne peut que s’incliner devant l’homme qui n’hésita pas à mettre sa réputation en jeu pour tenter de faire éclater la vérité.
La cuisine attenante à la salle à manger, la salle de bains avec son immense baignoire en cuivre et enfin la lingerie vaste pièce au-dessus de la salle de billard terminèrent la visite de la maison.
Que dire enfin des extérieurs. Chacun apprécia l’allée de tilleuls, le jardin d’agrément, le pavillon des invités attenant à la tour carrée et au loin la ferme et les serres. Certains ont pu imaginer Cézanne s’installant pour saisir les paysages environnants, d’autres évoquèrent les fameuses "soirées de Médan" auxquelles participèrent de nombreux écrivains dont Guy de Maupassant ou bien encore le laboratoire dans lequel Zola s’exerçait à la photographie.
12h : en route pour déjeuner à l’Auberge de l’Ile de France sise à Villennes commune voisine de Médan. Un petit contretemps va ralentir l’arrivée du groupe. En effet, les rues de Médan sont étroites et le car panoramique risque d’accrocher les arbres qui bordent les propriétés. Le trajet se terminera à pied. Certes une courte distance restait à parcourir mais une difficulté pour ceux qui avaient des problèmes de marche.
Le repas (tarte fine à la tomate, suprême de volaille sauce au citron, pâtes fraîches et millefeuille de crêpe au caramel d’orange) ragaillardit tout le monde et c’est de bonne humeur que le départ pour le château de Médan s’effectue, cette fois en car.
15h : Les portes du château s’ouvrent. La maîtresse des lieux, Marion Aubin de Malicorne, accueille les visiteurs. Du parc face au château restauré, elle relate l’histoire des lieux. Pavillon de chasse au 15ème siècle où Ronsard était un habitué puis transformé au 18ème en un véritable château par ajout d’une grande aile perpendiculaire au bâtiment d’origine, la demeure changera plusieurs fois de propriétaires. C’est ainsi qu’en 1924 le château est à vendre et que Maurice Maeterlinck l’achète. Il y écrira
la Vie des termites (1927)
puis la Vie des fourmis (1930). Il y aménagera un petit théâtre où sera interpréter
l’Oiseau bleu. En 1940 le château est réquisitionné par les allemands. Après la guerre les bâtiments seront occupés par des squatters et le feu détruira une partie de la grande aile. De 1966 à 1974 Henry Smadja homme d’affaires tunisien et homme de presse devenu propriétaire du château décide d’y installer les rotatives du journal "COMBAT" né de la Résistance et dont Camus fut l’un des fondateurs. Le décès de Smadja en juillet 1974 scelle le destin du journal dont le dernier numéro du 30 août titrait "SILENCE ON COULE". Abandonné aux pilleurs, le château n’est plus qu’une ruine.
Mai 1977 : château à vendre aux enchères publiques. Jean-Pierre Aubin de Malicorne en fait l’acquisition. Le défi est immense. La restauration débutera par la démolition de la grande aile trop vétuste pour ne garder que le pavillon de chasse d’origine constitué d’un corps de logis flanqué de quatre tours féodales. Réhabilitation des façades, des toitures… Dix années de travaux.
Le résultat est stupéfiant. La visite des pièces du rez-de-chaussée avec le grand salon, la salle à manger et la cuisine montre à quel point les propriétaires ont su redonner une âme à ces lieux. Enfin la visite s’achève dans la cave à vin où une collation est servie.
Ainsi, sur la route des maisons d’écrivains, cette journée à Médan aura été l’occasion de survoler cinq siècles d’histoire de la Renaissance à nos jours en passant par Villon, Zola, Cézanne et Maeterlinck.